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Les « Papillotes » de Rosemonde Gérard aux fêtes d’Aiguillon en 1950 !
Si Agen a dû attendre près d’un siècle avant de faire jouer la pièce écrite par la veuve d’Edmond Rostand, la ville d’Aiguillon la fit représenter dès 1950.
La magnifique exposition consacrée aux « Lumières en Agenais », qui s’est tenue cet hiver dans l’église des Jacobins (et dont une partie continue d’être exposée au château d’Aiguillon jusqu’au 2 août) a montré quels avaient pu être les fastes de la cité ducale dans la deuxième moitié du 18è siècle. Certes, la chute n’en fut que plus rude lorsque survint la Révolution : château confisqué, intérieur démantelé, mobilier vendu à l’encan, une partie des tableaux brûlés dans les rues d’Agen… Les sans- culottes aiguillonnais ne se montrèrent pas moins excités que leurs homologues parisiens. Puis, une fois la fièvre apaisée, le calme revint dans Aiguillon, Napoléon y passa deux nuits avant de se rendre à Agen, et la ville, à défaut de rester aristocratique, se donna des airs bourgeois qu’encourageaient les vestiges du château. La mémoire collective y garda longtemps le souvenirs des splendeurs passées, et s’efforça de les ressusciter à sa manière. Ainsi, à la Belle Epoque, les « Corsos fleuris » de la ville constituèrent une attraction au rayonnement départemental. Des cartes postales célébrèrent ces élégantes festivités.
Outre le duc d’Aiguillon, qui avait été ministre de Louis XV, la ville de la première moitié du XXè siècle pouvait s’enorgueillir de personnalités de premier plan : elle avait vu naître deux artistes de renommée nationale, sinon internationale : le musicien Marc de Ranse (1881-1951) et le peintre Fernand Sabatté (1874-1940). Elle comptait également parmi ses concitoyens un conseiller d’Etat, Roger Latournerie. Que d’atouts pour l’ancienne cité ducale ! Encore fallait-il les exploiter : ce fut la tâche à laquelle se voua une autre personnalité, Fernand Cazenove, maire de 1910 à 1921, esthète, mécène, qui déploya toute son énergie à faire briller sa ville natale. Il y créa notamment, payé de ses deniers, un orchestre symphonique, (« Le Cercle Symphonique d’Aiguillon »), composé de musiciens amateurs, mais dirigé le plus souvent par un jeune chef bordelais Georges Capdevielle, qui devait par la suite faire une belle carrière à l’école de musique d’Agen et au théâtre Ducourneau où il assura la direction des nombreux opéras qui s ‘y donnaient à l’époque.
Le point culminant de ces fastes fut certainement la journée du dimanche 17 septembre 1950 : « Fêtes solennelle en l’honneur de la ville d’Aiguillon ». Quatre années de guerre avaient durement éprouvé le pays, et Aiguillon avait également payé son tribut de barbaries diverses durant cette période. Il convenait de les oublier, et faire en sorte que la joie et la légèreté règnent à nouveau sur la ville. A un niveau élevé cependant car les festivités de ce jour-là furent placées sous les auspices de la Société des sciences, lettres et arts d’Agen, et sous le haut patronage du conseiller d’Etat Roger Latournerie, avec, bien sûr, le préfet du Lot-et-Garonne et le président du Conseil Général.
La journée commença à 10 heures par la pose d’une plaque commémorative à la mémoire du peintre Fernand Sabatté, ornée d’un médaillon en bas-relief, sur l’un des murs de la mairie. Puis à 10 heures30 « Remise à la ville par l’Escolo de Jansemin » du poème écrit par Jasmin en 1847 à la gloire d’Aiguillon » ( il avait néanmoins déploré la ruine du château : « un castel que plouro »!).
Après un concert donné à 15 heures dans la Cour d’honneur dudit château par «l’orchestre symphonique local », on mit en scène l’arrivée de la duchesse d’Aiguillon, un ensemble dûment costumé. Puis des extraits de l’opéra « Manon » de Massenet furent interprétés par le ténor Jean Givaudan, de l’Opéra-Comique (c’est-à-dire une vedette de stature nationale) , et deux autres cantatrices de renom.
La deuxième partie du spectacle annonçait carrément : « Aiguillon : Jasmin et la Gascogne ». Quelques troupes folkloriques justifièrent cette annonce, mais le clou de ces festivités fut la représentation exceptionnelle de la pièce de théâtre de Rosemonde Gérard (la veuve d’Edmond Rostand, décédé en 1918 de la grippe espagnole) : « Les Papillotes ». Parmi les neuf comédiens qui interprétaient la pièce, on retrouvait les trois artistes lyriques qui avaient interprété « Manon », en particulier le ténor Jean Givaudan dans le rôle du perruquier-poète.
Vingt-deux ans après sa création au Théâtre de l’Odéon à Paris, la pièce, était donc jouée de nouveau, à Aiguillon, avec une distribution prestigieuse. Puis la pièce retomba dans l’oubli avant qu’elle ne soit ressuscitée par Christian Moulié, puis triomphalement jouée par la troupe du Chêne au théâtre Ducourneau, le 30 juin dernier.
Alain PARAILLOUS